La mésange bleue et la jeune femme
L’hiver, les oiseaux s’éloignaient encore plus pour se nourrir. La végétation n’apportait quasiment plus de fruits, graines ou fleurs. Seuls les glands et les noisettes subsistaient, denrée inadaptée aux volatiles, qui s’approchaient des habitations. C’est ainsi que la mésange bleue rencontra la jeune femme. Elle se tenait sur la rambarde de sa terrasse. L’humaine fut surprise de constater que cette charmante créature l’observait. S’ensuivit une discussion inattendue, par la pensée. Naquit une amitié singulière. Tous les jours, la demoiselle laissait des graines dans la mangeoire tandis que l’oiseau l’alimentait de paroles inspirantes l’invitant à la réflexion. Un jour, il lui demanda de le suivre. « J’ai quelque chose à te montrer dans la forêt. », rétorqua-t-il. « Par ce froid ? », l’interrogea-t-elle. « Couvre-toi et rejoins-moi en bas. » Son interlocutrice, curieuse, s’exécuta avec enthousiasme. Arrivés dans les bois, rien ne se produisait. La mésange avait les yeux clos :
— Tu entends ? demanda-t-elle.
— Rien du tout, répondit la jeune femme.
— Justement oui, tout est calme. Ça fait du bien, non ?
— Non, je n’aime ni l’hiver ni les arbres sans feuilles ! Cette vue me rend triste.
— Pourquoi te sens-tu ainsi ?
— Parce que ce n’est pas beau, c’est décharné, la nature paraît morte !
— Pourtant, elle dort seulement. Elle a besoin de cela pour se régénérer. L’hiver, c’est la saison du repli, la préparation du cycle florissant.
L’humaine marqua un temps de réflexion.
— Peut-être mais les animaux ont moins de nourriture. En plus, nous avons froid…
— Sans l’hiver, je ne t’aurais jamais rencontrée. Tu serais restée chez toi. Ce n’est rien, le froid. Vous, vous pouvez vous couvrir et vous avez le chauffage. Nous, on se blottit les uns contre les autres et on va dans vos nichoirs. On se nourrit grâce à la générosité ou à la négligence des tiens. Certaines espèces d’oiseaux migrent vers un temps clément. Elles reviennent après pour nous annoncer le renouveau. C’est le cycle de la vie.
— C’est vrai. Sans cette saison, nous n’aurions pas tous ces beaux échanges. Sans lui, on n’apprécierait peut-être pas autant la douceur du printemps.
— C’est sûr. En plus, vous avez aussi besoin d’hiberner, à votre manière. Le monde vous pousse à aller toujours plus vite. Ce n’est pas dans votre nature. Souvent, en grandissant, vous négligez vos besoins. Beaucoup d’humains se laissent happer par le quotidien et s’oublient en chemin. Les conséquences peuvent être graves.
— Ça ne devrait pas être ainsi, la vie…, déclara la demoiselle, la gorge serrée.
— Il ne tient qu’à vous de changer cela.
— Comment le pourrions-nous dans une telle société ?
— En trouvant votre propre rythme. Certains y arrivent.
— Nous n’avons pas toujours le choix : nos horaires de travail limitent nos possibilités.
— Vous pouvez au moins choisir ce que vous faites durant votre temps libre : décider d’accomplir une activité qui nourrit votre énergie, ou au contraire une qui la vide. Tout dépend de vous. Le silence ici permet de se ressourcer, de réfléchir à ce que serait réussir, à la gestion de sa vie…
— Oui…
— Comment vois-tu l’hiver et les bois maintenant ?
La jeune femme toucha l’écorce d’un arbre, ressentit sa texture rugueuse et huma son odeur boisée. Elle entendit quelques oiseaux, aperçut un chevreuil au loin. Émerveillée, elle le fixa :
— C’est toujours aussi vivant, seulement différent, plus discret.
Elle rayonnait. La forêt ne lui semblait plus maussade et inerte ; elle abritait toutes formes d’existences. La nature respectait ses besoins alors pourquoi pas elle ?
— Tu vois comme tout cela te semble différent maintenant ?
— Oui, ma perception de la vie a aussi changé. C’est fou !
— Non, c’est simple : pour changer sa vision extérieure, il faut d’abord évoluer de l’intérieur.
— Merci pour ce moment. Grâce à toi, j’ai des pistes à explorer !
— Avec plaisir. Toi seule possèdes les clés de tes portes. Ce que tu perçois en toi rejaillira en dehors, en bon ou en mauvais, selon tes pensées et tes actes.
L’humaine posa sa main sur un tronc et murmura : « Bon repos et merci. ». Elle partit le cœur léger, sous le regard du volatile qui rejoignit son mâle. Ce dernier frotta sa tête contre la sienne.
La mésange messagère observa le ciel auparavant gris. Un splendide soleil orangé la baigna de ses rayons.
Adeline
Image de © Ansgar Scheffold de Pixabay
À propos d’Adeline
Je suis écrivaine et capitaine de mon entreprise Plum’Ouvrage.
Passionnée par l’écriture et la lecture depuis ma plus tendre enfance, j’ai créé ce blog pour partager à mon rythme ma plume, mes jeux d’écriture et mes coups de cœur.
