Discussion singulière
J’admirais le bleu du ciel quand je la vis. Nichée sur la rambarde, elle m’observait de son regard profond et curieux. Elle penchait la tête d’un côté, puis de l’autre, comme pour me cerner. Je m’approchai légèrement pour mieux la contempler. Elle ne cilla pas, la confiance luisait dans ses yeux noirs. Cette créature était magnifique : son dos, sa tête et ses ailes étaient d’un bleu azur. Son ventre et ses pattes étaient jaune vif.
Elle me regardait sans aucune once d’appréhension. Quelle audace, pensai-je, les mésanges sont habituellement plus farouches, un seul mouvement et elles s’envolent ! Quelle chance que ce ne soit pas son cas ! J’admirais chaque détail de ce petit être, quand j’entendis une voix : « Sais-tu pourquoi nous nous envolons si facilement ? ». Je tournai la tête à droite et à gauche, cherchant mon interlocuteur. J’étais seule avec l’oiseau. Je la fixai, intriguée :
— C’est toi qui me parles ?
« Oui, en pensées. Alors ? Tu sais ? »
— Parce que vous avez peur ? Supposai-je.
« Pas du tout, parce que nous sommes en quête perpétuelle de découvertes. Tout nous éveille et nous attire. Nous ne pouvons donc pas rester longtemps au même endroit. »
— Pourtant, tu ne bouges pas depuis tout à l’heure.
« Oui, parce que tu m’intéresses. C’est peu commun. D’habitude, je ne reste pas aussi longtemps, mais toi, tu m’intrigues. » Je fronçai les sourcils :
— Pourquoi ? Je suis juste une femme qui aime la nature.
« Ce n’est pas si fréquent, mais ce n’est pas pour ça que tu m’as attirée. »
— Pour quoi d’autre alors ?
La mésange désigna ma poitrine avec sa patte :
« Pour cette lumière qui vit en toi. Seules les belles âmes en sont pourvues et la tienne rayonne. C’est elle qui m’a fait venir jusqu’à toi. »
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
« C’est normal, les humains ne voient pas ce qui est interne. Tu portes en toi un soleil, mais tu ne laisses jaillir que quelques rayons. Pourquoi ? »
— Sûrement parce que j’ai peur.
« Pourquoi avoir peur de briller ? »
— … Peut-être parce que je crains de me brûler. Peut-être que je préfère la sécurité de l’ombre.
« Sans aucun doute, mais es-tu heureuse dans ces ténèbres ?
— Ça dépend des jours. Parfois, oui. Souvent, j’ai envie de plus.
« Et quel est ce plus ? »
— J’aimerais être moi-même sans en rougir et oser prendre ma place.
« Qu’est-ce qui t’en empêche ? »
— Mes peurs.
« Et tes peurs, d’où viennent-elles ? Qui les crée ? »
— … Moi, en fonction de ce que je vis.
« Tu peux les diminuer suffisamment pour te libérer. »
— Comment ?
« En y allant pas-à-pas. En vivant de petites expériences que tu ne te sens pas capable d’accomplir, en contrôlant tes pensées et ton dialogue intérieur… Je dois partir. Je reviendrai. »
La mésange bleue me regarda avec insistance, puis s’envola en un magnifique battement d’ailes, me laissant pensive face à cette rencontre singulière.
Adeline
Aquarelle de Murielle Ferrand, réalisée pour moi
À propos d’Adeline
Je suis écrivaine et capitaine de mon entreprise Plum’Ouvrage.
Passionnée par l’écriture et la lecture depuis ma plus tendre enfance, j’ai créé ce blog pour partager à mon rythme ma plume et mes coups de cœur.

Félicitations Adeline pour ce magnifique texte et le bel échange avec la mésange bleu Aelys !
Cette discussion singulière entre l’oiseau et toi correspond bien à ton identité personnelle.
Aelys est la nouvelle identité visuelle Plum’Ouvrage, elle est le reflet des échanges que tu souhaites avec les auteurs et les éditeurs !
Merci beaucoup Jean-Jacques ! Cette rencontre avec la mésange bleue est introspective, mais elle est aussi une invitation à la réflexion et à la connexion à son enfant intérieur. C’est dans cette optique que j’ai réalisé ce texte. Aelys est notre guide. Ton interprétation est intéressante : la mésange bleue a été créée pour représenter ma casquette d’écrivaine et mon identité personnelle. Le but était de distinguer Plum’Ouvrage de mon activité d’écriture, mais les deux ne sont pas forcément incompatibles ; elles se complètent ! Ton point de vue m’apporte un sujet de réflexion.